Ne cherchez pas son nom au sein des grandes institutions. Il ne siège pas parmi les professeurs, chercheurs patentés et universitaires reconnus. Jean-Jacques Bedu est opticien à Perpignan. Cet autodidacte rigoureux et passionné, fondateur et président de l’association Mare Nostrum, a déjà à son actif de nombreux ouvrages – essais, biographies et romans. Pédagogue dans l’âme, il s’est pris de passion pour l’histoire des traditions spirituelles. Aujourd’hui, il publie le premier volet d’une fresque impressionnante, prévue en trois tomes. Son ambition : dépeindre l’aventure de la connaissance et de la spiritualité humaines, décrire leurs principales tribulations, de la préhistoire à la modernité, telles qu’on peut raisonnablement les retracer, tout en dénonçant les explications délirantes ou fantasmagoriques qui ont proliféré. Rien de moins !…
Face à ce projet démesuré, mené seul par un auteur, hors de tout cadre académique, il est normal d’être méfiant. Et pourtant, à mesure qu’on découvre le résultat, fruit d’une vie entière de lectures, d’enquêtes et de réflexions, on doit reconnaître une réussite vraiment originale. Dans les limites du genre, elle a tout d’un exploit. Car cette fresque encyclopédique n’est pas seulement bien organisée et rédigée dans une prose lumineuse, elle chemine hardiment sur une ligne de crête difficile à tenir.
De longue date, Jean-Jacques Bedu s’intéresse aux doctrines secrètes, aux cultes à mystères, aux diverses traditions de l’ésotérisme – notamment dans Les Initiés. De l’an mille à nos jours (Bouquins, 2018). Mais il le fait sans verser dans l’obscurantisme, en insistant sur la connaissance objective que l’on peut avoir chaque période, école ou courant. S’appuyant sur les meilleurs travaux d’experts, il résume chaque fois l’essentiel, lumineusement. Mais il combat aussi, avec rigueur et fermeté, les multiples divagations qui embrument et polluent ces domaines en spéculant sur des mirages – héritages extraterrestre, civilisations supérieures disparues, puissances surnaturelles…
Ces deux lignes de force traversent les multiples chapitres qui conduisent le lecteur de la préhistoire à la fin de l’Empire romain. Ce monumental panorama peut donc se lire comme un guide de voyage dans l’histoire, à la découverte des mégalithes celtiques et des pyramides égyptiennes, des cultes grecs et romains, des Esséniens et des premiers kabbalistes, des Mazdéens et des manichéens, sans oublier druides, brahmanes et taoïstes. On visite Stonehenge ou Éleusis, on croise Zoroastre ou le Bouddha… et le parcours s’accompagne constamment d’une analyse critique des égarements inventés par les regards rétrospectifs de nos contemporains. Cette démystification n’est pas réductrice : « La véritable grandeur de l’épopée humaine n’a pas besoin de fictions extravagantes pour briller : la réalité, révélée par la recherche sérieuse, se montre tout aussi fascinante » conclut Jean-Jacques Bedu.
Qu’il n’y ait rien à discuter ni à reprendre dans une pareille somme, personne ne le croira. Malgré tout, pinailler sur tel ou tel détail serait inutile. Sans doute, ici et là, des experts pourront chercher noise à l’auteur en gonflant quelques broutilles ou bien critiquer sa philosophie de l’histoire. Au risque de masquer ce qui importe…. Quoi donc, au juste ? Cette étrangeté devenue rare : un ouvrage d’amateur très éclairé de grande ampleur, de grande ambition et, finalement, de grande utilité pour quantité de lecteurs.
L’ODYSSÉE DU SAVOIR
Vraies sagesses et fausses croyances
T. I Des origines à l’Antiquité tardive
de Jean-Jacques Bedu
Les éditions du Cerf, 696 p., 24,90 €


