Sade

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MARQUIS DE SADE
LE SEXE INFINI

Despote ou révolutionnaire ?
Bourreau ou victime ?
Tyran ou libérateur ?
par Roger-Pol Droit



Sade est en vente libre. Il est passé de la Bastille à la bibliothèque de la Pléiade. Au lieu d’être exécré, jugé infâme, diabolisé, il est célébré, proclamé génial, et les travaux qui lui sont consacrés forment une bibliothèque considérable.
Et pourtant, Sade demeure énigmatique, controversé et scandaleux. Car il parle du sexe, et de sa puissance sans limites, comme personne d’autre ne l’a osé. Au-delà du « sadisme » et des relations « sado-maso » dont l’appellation dérive de son nom, qui était-il ?    
Retour sur le parcours sans équivalent d’un auteur hors-norme, qui mêle toujours intimement pornographie et philosophie, horreur et humour, désir et transgression.


Elle a vingt ans et lui vingt-trois.  Leurs âges sont fort proches, leurs conditions très dissemblables. Le jeune homme est en effet un grand seigneur, issu d’une famille de vieille noblesse. Il fréquente les puissants du royaume, dispose d’une fortune conséquente. A l’opposé, Jeanne Testard, qui loge dans une chambre à Paris, rue Montmartre, n’est qu’ouvrière en éventails. Pour arrondir ses fins de mois, elle « fait quelquefois des parties ». Alors, quand on lui a proposé deux louis d’or de 24 livres pour la nuit, elle n’a pas dit non. Ce jeune seigneur, bien mis, plutôt bien fait de sa personne, est donc venu la chercher en carrosse, accompagné de son laquais. Il l’a conduite « près de la rue Mouffetard dans une petite maison à porte cochère peinte en jaune. »

Nous connaissons ces détails par la déposition de la jeune femme. Car, dès leur arrivée, la situation se complique. Cet homme, vraiment, n’est pas comme les autres. Au lieu de trousser Jeanne, comme il aurait dû, voilà qu’il ferme plusieurs verrous et lui demande si elle a de la religion, si elle croit en Dieu, au Christ, à la Vierge. Elle dit oui. Alors, ce Monsieur dont elle ignore le nom commence à fulminer, il s’emporte, l’injurie, blasphème de la plus horrible façon. Il déclare s’être déjà masturbé dans un calice, il se vante d’avoir introduit des hosties consacrées dans les parties d’une fille avant de la besogner… Dieu s’est-il vengé ? Bien sûr que non ! Il n’existe pas !

L’homme entraîne Jeanne dans une autre chambre, où sont exposés des martinets, des images obscènes et des crucifix. Il veut se faire fouetter et la fouetter à son tour. Elle refuse. Alors, ce Monsieur entre dans une grande fureur, se dénude, se « manualise » et finit par éjaculer sur un des Christ en croix. Ensuite, en la menaçant d’un sabre et de deux pistolets, il contraint la jeune femme à fouler aux pieds un crucifix en criant « je me fous de toi ! ». Après quoi il veut encore qu’elle prenne un lavement pour en rendre le contenu sur la croix, mais elle s’y oppose de toutes ses forces. Au matin, terrorisée, bien que ce diable d’homme lui ait fait jurer de ne rien révéler, Jeanne Testard se précipite chez le commissaire de police.

Ainsi commence une longue série de scandales. De récidives en complications, d’affaires étouffées en plaintes accumulées, de malentendus en provocations, le résultat final sera une vie prisonnière : Donatien-Alphonse-François de Sade passera, en tout, 27 ans enfermé dans 11 lieux successifs. Il deviendra alors cet écrivain reclus, rivé à sa table de travail, philosophe paradoxal, s’employant de livre en livre à outrager la vertu et à glorifier le crime. L’image du détenu fait parfois oublier la réalité qui l’a précédée : pendant près d’une quinzaine d’années - entre 1763, date de l’affaire Jeanne Testard, jusqu’en 1778, où il est incarcéré au donjon de Vincennes, puis à la Bastille - le marquis a organisé à son usage un remarquable tourbillon de « débauches outrées » comme on disait alors.



1 - L’aristocrate débauchéIl est vrai que la débauche, simple ou complexe, se portait bien à l’époque. Au moins depuis la Régence (1715-1723), une part non négligeable des élites menait une vie pailletée de dévergondage. Prostituées, mère maquerelles, comtesses lubriques et libertins pratiquants n’étaient pas seulement personnages de romans érotiques ou figures de comédie. On les retrouvait, avec quelques ecclésiastiques sans vergogne, dans une multitude de parties fines, où les spectacles pornographiques devenaient monnaie courante. Toutes les possibilités s’expérimentaient – à deux, à trois, en groupe, selon des mises en scènes toujours renouvelées. Bref, la liberté, que le siècle des Lumières revendique en tout, n’épargnait pas les mœurs.

Au premier regard, notre marquis n’a donc rien d’exceptionnel. Réunir fréquemment quatre ou cinq filles, sans oublier un fidèle domestique rendant tous services, qui s’en étonnerait encore ? Louer simultanément jusqu’à cinq ou six appartements différents, pour brouiller les pistes, constituer un réseau de rabatteuses, entretenir un essaim de jeunesses - comédiennes, petites mains, filles naïves ou vicieuses -, y ajouter quelques jeunes gens pour varier les combinaisons, voilà qui exige, incontestablement, de la santé, de l’attention et des moyens, mais qu’y a-t-il là, en ce temps et en ces milieux, d’extravagant? Rien du tout. Sade, en déployant cette mirifique activité que ses biographes détaillent par le menu, pourrait être semblable à bon nombre des libertins de l’époque. Pourtant, ce n’est pas le cas.

Ce qui le différencie ? La mise en scène de ses orgies : fouets, injures, blasphèmes, terreur. Voilà ce qui fit réellement scandale, bien plus gravement que la sodomie ou les dépenses inconsidérées, qui ne choquaient personne. En fait, Sade inquiète. Car, dans le fond, il ne joue pas le jeu du libertinage. Ou plutôt il le pratique tout autrement que les autres. Il franchit les limites admises, suscite l’effroi, soulève l’indignation. Il se pourrait bien que ce soit cela, en réalité, qui l’intéresse vraiment : la transgression et l’outrage. Cela l’excite et le met en mouvement, plus sûrement que la douceur des chairs et les attraits des demoiselles. Alors, les dossiers de justice s’accumulent.

Ainsi Rose Keller, mendiante de 36 ans, d’origine allemande, porte plainte contre Sade. Le dimanche de Pâques 1768, il la ramasse dans la rue, lui propose de l’argent pour faire sa chambre et la conduit dans une petite maison qu’il vient de louer à Arcueil. Sur place, il l’enferme, la force sous la menace à se dénuder, la fouette abondamment et jouit. Parvenant à s’enfuir, elle va déposer auprès du juge d’Arcueil. Autre exemple, quatre ans plus tard, à Marseille. Cette fois, le maître a réuni, banalement, quatre filles de 18 à 23 ans, un laquais bisexuel et des martinets. Ce qui va compliquer la situation, c’est qu’il distribue des bonbons à l’anis contenant de la cantharide, substance supposée aphrodisiaque, en réalité toxique. Une des jeunes femmes s’évanouit, une autre est prise de nausées durables. Le scandale n’est pas que le marquis sodomise Marianne pendant que son valet Latour lui rend le même service, mais que des soupçons d’empoisonnement s’ajoutent désormais à la réputation, déjà difficile, de Monsieur de Sade.

Que fait la police ? Somme toute peu de choses. En dépit des diverses dépositions, des poursuites engagées, des scandales à répétition, l’obstiné récidiviste ne semble pas avoir été inquiété trop vite ni trop gravement. On peut s’en étonner. Mais le fait est que Sade n’a jamais tué personne. Excessif oui, criminel non. Dans ce domaine, il parle sans agir. Lui qui fera mourir tant de victimes imaginaires dans les livres qu’il écrira en prison n’a commis, pour s’y retrouver presque toute sa vie, aucun meurtre réel. Des intimidations, quelques violences, aucun cadavre. Cela peut expliquer, en partie, les lenteurs de la répression. L’Ancien Régime explique le reste.     Les Sade sont en effet une des plus importantes familles de Provence, dont les traces sont repérables depuis le XII e siècle. La célèbre Laure, chantée par Pétrarque et vénérée par tous les lecteurs du poète, se nommait Laure de Sade. Cette beauté disparue en 1348 est une des grands-mères de Donatien-Alfonse-François.
Lui naquit à Paris, en 1740, dans l’hôtel de Condé, car sa mère était dame d’honneur de son amie de toujours, la princesse de Condé. Son père ce jour-là était absent :  il inspectait des troupes à Cologne pour le roi. Elevé dans le luxe, partageant son temps entre Louis-le-grand et le château de Lacoste, dans le Lubéron, demeure de la famille, Sade finit par se prendre pour le centre du monde et ne rencontrait personne pour le persuader du contraire. Car les Sade ne sont pas des nobliaux de seconde zone. L’habitude prise d’appeler Sade « marquis » (ce qu’il fut d’abord, mais il devint comte à la mort de son père) pourrait faire croire à une petite noblesse. Au contraire, ce sont des piliers du royaume.    

Cela peut expliquer la relative impunité de ses actes de violence, pourtant commises dans des frasques à répétition où se retrouve presque toujours le même scénario. En des temps où les sujets ne sont pas égaux devant la loi, que peuvent quelques filles modestes contre un grand de ce monde ? Ces scandales ont compliqué la vie de Sade, ils n’ont pas entraîné, à eux seuls, ses années d’enfermement. Pour qu’il finisse entre quatre murs, il faudra plus que les dépositions de quelques plaignantes plus ou moins molestées. Sa propre famille, et le roi lui-même, au terme de multiples péripéties, ont fini par s’en mêler.

Il faudrait un roman entier pour évoquer cette séquence mouvementée où Sade, amoureux de Mademoiselle de Lauris, épouse Mademoiselle de Montreuil, la trompe aussitôt, vit au château de Lacoste avec une comédienne qu’il fait passer pour son épouse, obtient d’abord le soutien de sa belle-mère comme de sa femme dans toutes ses affaires de mœurs, finit par lasser à force de récidives, et par inquiéter à force de scandales, dont le moindre n’est pas sa liaison passionnée avec Anne-Prospère de Launay, la propre sœur de sa femme, qui avait le double mérite d’être fort jolie et de surcroît chanoinesse.
Le processus qui conduit à son incarcération s’étend donc sur des années. Quand fil init par être arrêté, il s’évade, puis est repris, et s’enfuit de nouveau, revient sur ses terres, monte en son château des pièces de théâtre et multiplie les fêtes, s’esquive en Italie. Finalement, il se claquemure à Lacoste avec cinq très jeunes filles et son épouse, qui semble désormais prise dans son jeu.. Une des jeunes filles s’enfuit, semble mal en point, les parents portent plainte. Nouveau scandale. Finalement, le piège se referme. Sade n’a rien fait pour l’empêcher. Au contraire, il a multiplié les provocations et les récidives.
Cet autoportrait ne ment pas : « Impérieux, colère, emporté, extrême en tout d’un dérèglement d’imagination sur les mœurs qui de la vie n’a eu son pareil, en deux mots me voilà ; et encore un coup tuez-moi ou prenez-moi comme cela, car je ne changerai pas. » Tant d’obstination et de fierté forcent le respect. Au moins, ce n’est pas un hypocrite. Mais il joue évidemment contre sa liberté. Les siens, qui avaient le pouvoir de le protéger, décident de l’empêcher de nuire. Au moins, s’il reste enfermé, il ne fera pas scandale. Mauvais calcul. Le résultat, en fait, sera bien pire.

2 - Le prisonnier écrivainAu donjon de Vincennes, puis à la Bastille, Sade va se transformer. C’est là, sans conteste, qu’il devient écrivain. Et l’un des grands. Sans doute, auparavant, pouvait-il déjà revendiquer une jolie plume et quelques œuvrettes, comme tant de gens instruits au XVIIIe siècle. Mais rien de plus. Au cours de ses douze premières années de captivité, en revanche, il va devenir, au fil des pages, un autre lui-même. La situation, il est vrai, cruelle et singulière, semble faite pour lui convenir. N’étant pas condamné, il ne purge aucune peine. C’est en raison d’une lettre de cachet qu’il se trouve enfermé. Jugé dangereux, il est privé de sa liberté de mouvement. Du coup, Sade va se venger, d’une manière retorse, et bien plus redoutable que ses gesticulations précédentes.

Aucune chair, fraîche ou non, ne s’offre à molester. L’imagination dès lors s’échauffe. Il le dit lui-même, à sa femme, en juillet 1783 : « (…) vous avez imaginé faire merveille, je le parierais, en me réduisant à une abstinence atroce sur le pêché de la chair. Eh bien, vous vous êtes trompé, vous m’avez échauffé la tête, vous m’avez fait former des fantômes qu’il faudra que je réalise. » Les maisons de mots que ces fantômes vont hanter seront des chefs-d’œuvre de noirceur absolue.

Car la vengeance de Sade consiste à découvrir que la littérature est la continuation de l’orgie par d’autres moyens. C’est pourquoi il s’en délecte. Au fil des ans, il va élaborer l’œuvre la plus étrange et la plus inclassable qu’on ait écrite en langue française, et peut-être en toute langue. Œuvre d’une insolite diversité, car il ne néglige aucun des registres qui s’offrent à lui : contes, historiettes, romans, dialogues philosophiques, pièces de théâtre, poèmes, jouant de tous les degrés de l’érotisme – du plus soft au plus hard, comme dit notre siècle. Va-t-il vers de plus en plus de violence ? Cette apparente évolution est une illusion. Il est vrai que l’histoire de Justine, cette héroïne dont la vertu fait le malheur, a connu des versions de plus en plus corsées, depuis le texte presque chaste des Infortunes de la vertu,  jusqu’aux scènes en gros plan de la Nouvelle Justine.

Mais cette gradation dans l’horreur ne vaut en aucune manière pour l’ensemble de l’œuvre. Le pire, les 120 journées de Sodome (1785) vient avant des textes plus légers comme La philosophie dans le boudoir (1795) ou Aline et Valcourt (1795). Au lieu d’un auteur sombrant dans une cruauté croissante, il faut voir Sade comme un expérimentateur, capable de passer constamment d’un style à l’autre, variant les genres littéraires, les intensités verbales, le grain ou le piqué des images. C’est une erreur – souvent commise – de croire qu’il passerait par degrés du badin à l’horrible, des romances douce-amères à l’infamie des supplices. Il n’existe chez Sade, à sa maturité, ni escalade dans l’horreur, ni descente aux enfers. 

Evidemment, il ne parle que de sexe, si l’on tient absolument à ce terme unique. Car le sexe, chez Sade, est tour à tour, dans un même livre ou d’un titre à un autre, érotique, pornographique, scatologique, philosophique. Humoristique aussi, on l’oublie trop. En effet, l’humour de Sade ne cesse de se manifester, si l’on y prête attention, même sur fond de lugubres tortures ou de supplices invraisemblables. En fait, ce que Sade développe, dans des jeux d’écriture tantôt somptueux d’élégance et de joliesse, tantôt lassant de méticuleuse monotonie, c’est toujours une expérience de l’écart.

Ce terme revient sous sa plume dans les contextes les plus divers. Les écarts, ce sont les activités des libertins, telles qu’il les décrit. Ce sont aussi, indissociablement, des écarts à la norme, des exceptions, des passions dont la singularité n’est pas réductible. L’écart, c’est également, et par excellence, la transgression, le franchissement des bornes, cet étrange mélange d’une satisfaction sans pareille, engendrée par la rébellion qui bafoue la loi, et d’une excitation nouvelle, suscitée par l’attente de territoires encore inconnus, au-delà des limites.

Là se tiennent, en fait, aussi bien les contradictions que l’étrange génie de Sade. Parmi ses contradictions, la plus visible est ce besoin de maintenir les interdits pour les transgresser. Le plaisir de la sodomie, par exemple, est d’abord lié pour Sade à la réprobation dont elle fait l’objet. La jouissance de l’inceste, ou de l’anthropophagie, sont indissociables à ses yeux de la transgression des interdits majeurs. Le paradoxe, c’est qu’il faut donc les maintenir ! S’ils disparaissaient, où serait le plaisir de les bafouer ? Il faut donc toujours, pour jouir de la transgression, maintenir la limite que l’on veut franchir ! Pourtant, il faut aussi décréter nulle cette frontière pour accomplir ce qui est interdit.

Le même dispositif est visible, plus nettement encore, dans l’attitude de Sade envers la religion. On ne trouve nulle par chez lui cette indifférence sereine que procure une incroyance totale. En fait, pour celui qui est radicalement incroyant, se masturber dans un oreiller ou dans un calice ne peut faire aucune différence. Pour jouir du blasphème, il faut au contraire continuer à sacraliser les objets du culte, tout en les haïssant. De ce point de vue, Sade est dépendant du catholicisme : il a besoin que celui-ci existe pour le piétiner. De là, il n’y a qu’un pas pour conclure qu’il souhaite voir perdurer l’Eglise. Ce n’est pas faux.

Ce que confirme encore l’athéisme de Sade. Celui-ci n’a rien, lui non plus, d’une sereine indifférence. Au lieu de tourner la page (si Dieu n’existe pas, cessons donc d’en parler), il tient obstinément à vouloir le couvrir de crachats. Ce paradoxe éclate notamment dans La Vérité, poème philosophique de 1787 où Sade exprime avec une virulence extrême sa haine de Dieu, « bizarre et dégoutante idole », « infernale imposture », « exécrable chimère ». Il écrit alors : « Je voudrai qu’un moment tu pusses exister / Pour jouir du plaisir de te mieux insulter ».

Si tant d’esprits contemporains ont été fascinés par l’exploration que tente Sade d’un monde sans Dieu, sans frein et sans lois, c’est qu’il est allé au plus loin dans cette expérience mentale où le sexe, en fin de compte, n’est qu’un prétexte ou un point de départ. Son jeu, somme toute, consiste à remplacer un infini par un autre. Au lieu de l’infini de la création, de l’amour, et du plaisir, celui de la destruction, de la haine et de la souffrance. Le livre le plus invraisemblable, dans cette optique, est incontestablement Les 120 journées de Sodome, où Sade décrit comment, dans un château inaccessible, quatre monstrueux pervers, richissimes et sans la moindre pitié pour qui que ce soit, passent en revue le catalogue des passions humaines, des plus ignobles aux plus criminelles, et les mettent en pratiquent sur les « objets » - les victimes – qu’ils ont enfermés avec eux à cet effet.

Ce livre dont on ne peut sortir indemne, que Sade présente comme le « récit le plus impur qui ait jamais été fait depuis que le monde existe » porte effectivement à son comble le renversement de la bienséance, mais aussi de la pitié, de la morale, de ce respect humain que l’on désignait en son siècle, et auparavant, du vieux nom de vertu. Avec Les 120 journées de Sodome, le philosophe le plus malintentionné de l’histoire, a réussi une sorte de crime parfait.

Car ce livre non seulement outrage la dignité humaine, avilit la pureté, bafoue la compassion mais aussi, à un moment ou à un autre, selon la complexion propre à chaque lecteur, séduit. Ainsi éprouve-t-on un choc : avoir été enjôlé par le texte le plus nauséeux - le plus antimoral, antiphilosophique antisocial, voire antisexuel - qui fut jamais. Il existe en nous, avec le pire, une connivence possible. Au creux du désir se tient un penchant pour la destruction. Voilà ce que Sade fait découvrir, avant Schopenhauer, Nietzsche ou Freud.


3 - Le vieillard à l’asileLe 14 juillet 1789, quand le peuple de Paris prend la Bastille, Sade n’est pas dans sa cellule. Il avait été transféré, le 2 juillet, à Charenton, parce qu’il semait le trouble en hurlant, par la fenêtre qu’on tentait d’égorger les prisonniers. Les passants, déjà échauffés par le climat d’émeute qui commençait à monter, ne manquaient pas de s’attrouper… Anecdote dont le marquis se servira pour prouver, dans les années qui suivent, sa précoce ardeur républicaine. Pourtant, au début, la Révolution ne le met pas réellement en joie : ses effets personnels, à la Bastille, ont été vandalisés.

On ne doit pas oublier combien les conditions de détention étaient alors fort différentes des nôtres. Un détenu comme Sade peut aménager son ordinaire à sa guise. En envahissant la Bastille, les émeutiers ont pillé la chambre du marquis, s’emparant des meubles et des tentures précieuses qu’il y avait fait installer, dérobant les quelques six cents volumes, dont certains de grand prix, qu’il y avait entassés. Bref, il est fort mécontent. Et même désespéré : au milieu des troubles, le manuscrit des 120 journées a disparu ! Cette œuvre inouïe, qui lui tant coûté, a définitivement péri. Sade en a versé, de son propre aveu, « des larmes de sang ». Il mourra sans savoir que le rouleau a été retrouvé dans les pierres de la Bastille.

Certes, les lettres de cachets sont abolies, et il retrouve enfin la liberté. Et les actrices qui, même sous la République, sont toujours jeunes et jolies. Pourtant, rien n’est comme avant. Sade a cinquante ans, inaction et gourmandise l’ont rendu obèse. Ses biens sont sous séquestre, il est pratiquement ruiné,. Son épouse se sépare de lui définitivement, son passé d’aristocrate est suspect… Sa seule consolation est de constater que l’athéisme progresse. Il est difficile de savoir s’il croit sincèrement aux discours enflammés qu’il prononce pour célébrer la mémoire de Marat à la section des Piques, mais il est probable que voir les prêtres pourchassés et les statues de saints saccagées lui met du baume au cœur.

C’est sous le Directoire que Sade publie ses romans les plus flamboyants et les plus célèbres (La Nouvelle Justine, Juliette ou les prospérités du vice, La philosophie dans le boudoir). On y retrouve ses thèmes habituels, mais amplifiés et approfondis, argumentés et formulés de manière plus forte. Les idées qui reviennent comme une ritournelle sont autant de provocations majeures : seuls d’absurdes préjugés (bienséance, décence morale, altruisme, respect de la vie) imposent des limites à nos désirs ; la nature parle en nous, et quand elle nous inspire des crimes et nous souffle des meurtres, nous ne devons pas lui résister, car la mort sert ses desseins ; la vertu engendre la tristesse, le malheur et la misère ; le vice, lui, assure une infinité de jouissances, de prospérités et de richesses.

Sade prend ainsi le contrepied de toute l’histoire de la philosophie, où l’on ne cesse d’affirmer que la vertu rend heureux, que nul n’est méchant volontairement, qu’il ne peut y avoir de bonheur dans le crime et que la nature nous dicte la pitié. Entre les orgies qui les réunissent,  les personnages de Sade développent leurs arguments paradoxaux en soulignant toujours combien l’échauffement des idées et celui des organes vont ensemble : plus on fout, plus on philosophe, et inversement. Ce n’est pas à sa philosophie, inspiré de La Mettrie, de Diderot et du baron d’Holbach, que ses contemporains furent le plus sensibles.



Les fondements philosophiques du « système » sadien ne sont pas par eux-mêmes d’une grande originalité. Il emprunte à ses contemporains (en particulier d’Holbach) les éléments d’un matérialisme radical, qui interprète tous les désirs en termes de processus organiques. L’âme est une fonction du corps, la nature seule produit les êtres vivants, aucun dessein conçu par un quelconque « grand architecte » ne préside au fonctionnement de l’univers. Ce qui fait la singularité philosophique de Sade, c’est sa destruction de la morale au nom du matérialisme. Il fait constamment l’éloge de la trahison, du vol, de l’ingratitude, supposés procurés des plaisirs supérieurs aux actes vertueux. Surtout, Sade porte jusqu’à se dernière conséquence son apologie du crime, en imaginant une « Société des amis du crime » dont les membres rivalisent de crapulerie. Il s’agit d’ailleurs d’une société dont il n’est pas prudent de faire partie, puisque chacun y trahit son plus proche allié…


Cela dit, si Justine devint un best-seller c’est d’abord en raison de son contenu pornographique.

Pour gagner de l’argent, Sade multiplia les rééditions. La vertueuse Justine était une bonne gagneuse : ses infortunes parvinrent à réparer quelque peu celles de son maître. Toutefois, à cause de la réprobation violente dont l’ouvrage fait l’objet, Sade, qui ne tient pas à retourner en prison, niera toujours farouchement en être l’auteur. Peine perdue. En 1801,Bonaparte, premier Consul, rétablit les relations avec la papauté et va réouvrir Notre Dame de Paris, un tour de vis s’impose dans l’ordre moral. Il s’en prend donc au plus fameux des pornographes, l’auteur de Justine, « le livre le plus abominable qu’ait engendré l’imagination la plus dépravée » dira encore Napoléon dans le Mémorial de Saint Hélène. Pas de bûcher pour Sade, mais de nouveau l’enfermement. Cette fois, ce sera chez les fous, faute de motif suffisant pour le condamner. A l’asile de Charenton, où il va passer les treize dernières années de sa vie.

Même si l’on n’éprouve pas pour cet homme une sympathie débordante, il y a quelque chose d’inacceptable et de révoltant dans cette longue réclusion arbitraire, sans jugement, pour le seul motif d’avoir écrit des œuvres jugées immorales et corruptrices, et d’être capable de récidiver en en écrivant d’autres. La « bonne conduite » du vieil homme conduit le directeur de l’asile à assouplir le règlement. Sade, toujours enfermé, aura droit à un petit appartement avec ses affaires, à quelques promenades, à des visites. Il retrouve même, à quarante ans de distance, une scène de théâtre. Mais on est loin du château de Lacoste, des actrices accortes et des fêtes légères. Il monte cette fois des spectacles chez les fous, aux petites Maisons, avec des aliénées disgracieuses et des spectateurs ignares.

Cette caricature de théâtre n’est qu’un feu de paille. La détention arbitraire se durcit, les tracasseries policières se multiplient, son bureau est régulièrement fouillé, à la recherche de textes licencieux. Il s’agit de briser  « un homme que son audacieuse immoralité a malheureusement rendu trop célèbre », comme dit le médecin-chef de l’hôpital. On veut envoyer Sade au fort de Ham, dans la Somme. Les persécutions absurdes s’intensifient encore :  on confisque et brûle son manuscrit d’un grand roman Les journées de Florbelle (108 cahiers dont il ne reste rien), on lui interdit finalement « l’usage de tout papier, encre, plume et crayon ». Le 9 juin 1812, Nopoléon 1er confirme que Sade doit demeurer enfermé à jamais. Il meurt le 2 décembre 1814.

Son testament précisait : « (…) la fosse une fois recouverte, il sera semé dessus des glands, afin que par la suite le terrain de ladite fosse se trouvant regarni, et le taillis se retrouvant fourré, comme il l’atiat auparavant, les traces de ma tombe disparaissent de dessus la surface de la terre, comme je me flatte que ma mémoire s’effacera de l’esprit des hommes. » Pour la tombe, il en fut bien ainsi : personne ne sait plus où elle se trouve. Pour la mémoire, il en alla tout autrement. En deux siècles, Sade a conquis le monde.

4 - Finalement ? Avec Sade, il n’y a pas de mot de la fin. Les commentaires sont comme le sexe : infinis. Et toujours inconciliables. Dangereux pervers pour les uns, héros de la libération des mœurs pour d’autres, il est encore, selon les angles de vue, explorateur des souterrains de l’âme, noir poète de la face cachée du désir, penseur de génie, écrivain de premier plan, prophète des temps modernes annonçant la destruction de l’homme. La difficulté, c’est qu’en des proportions variables il est effectivement tout cela à la fois. Ce qui fait de Sade un champion d’ambiguïté toutes catégories.

On doit avant tout à Sade d’avoir fait comprendre, plus et mieux que tout autre, que le sexe n’est pas spontanément tendre, doux et gentil, encore moins altruiste. Le désir sexuel porte en soi une part de destruction, un principe d’excès, une tendance au saccage et à la mort. Il est faux d’en conclure, comme le dit Juliette, l’héroïne des Prospérités du vice, que « tout est bon quand il est excessif », et plus faux encore de professer, comme le fait Sade, qu’il convient de laisser libre cours à cette destructivité. Mais, si l’on met à part ses outrances, il reste que ce grand méchant homme a cet immense mérite d’avoir attiré l’attention sur ce qu’il y a d’originairement barbare dans toute sexualité. Le désir brut, Sade ne cesse de le montrer, n’a pas de limites naturelles, pas de sens des réalités ni de sens moral.

De ce point de vue, Sade a ouvert la voie à plusieurs pensées majeures. Nietzsche  passe comme lui derrière les apparences de la morale pour montrer combien, dans les cuisines de la vertu, règne la puanteur. Freud prolonge et amplifie son intuition centrale en élaborant la pulsion de mort, et montre qu’il n’y a pas seulement de rudes conflits, mais aussi de solides alliances entre Eros (sexe, vie, forces de rassemblement, construction) et Thanatos (mort, forces de dispersion, destruction). Il faudrait ajouter Deleuze, dont les machines désirantes, le sens du multiple, les combinaisons infinies, le devenir animal, doivent probablement à Sade bien plus qu’on ne pense.

Une dernière leçon concerne les relations de l’imaginaire et de la réalité. On ne comprend rien à Sade, en fin de compte, si l’on croit que ce qu’il dit doit être fait. En orgie comme en philosophie, il s’applique à construire des expériences de pensée. Ces pires infamies, malgré les apparences, ne sont pas des  conseils pratiques pour devenir crapuleux, mais des expéditions mentales. Ce qui complique gravement la situation, c’est que ces périples imaginaires ont aussi un impact sur la réalité. Si l’on ne sort pas indemne de la lecture de Sade, il faut le répéter, c’est que la réalité fantasmatique qu’il met en œuvre touche au plus profond, et génère un malaise intense autant que difficile à cerner.

Plus grave : la réalité de l’histoire du 20e a rattrapé la fiction, elle a égalé en horreur les récits sadiens. Aujourd’hui, face au monde que décrit le dernier livre des 120 journées, où règnent l’arbitraire, la terreur, la déshumanisation la plus complète, où les corps sont suppliciés et démantelés par fragments, estropiés avec lenteur et sauvagerie, soutenus pour survivre, au moins un peu,  afin de subir de nouveaux tourments, il nous est difficile de ne pas retrouver les forfaits réels de notre époque, organisés par Hitler ou Pol Pot. En attribuer à Sade la responsabilité serait idiot. Mais croire que le pire demeure une affaire purement mentale est plus bête encore.

Explorations de l’excès, écarts portés aux limites, tout chez Sade est finalement affaire de fantasmes. « Tout le bonheur de l’homme, dit-il, est dans l’imagination ». On devrait ajouter tout son malheur également. Et son sexe lui aussi, même dans ses plus réelles activités, en dépend encore. A l’infini.


(encadré )
De l’ombre à la lumièreLongtemps pourchassée par la censure, l’œuvre de Sade a vécu dans la clandestinité pendant plus d’un siècle et demi après sa mort en 1814, en exerçant une importante influence souterraine. Flaubert est un de ses grand lecteurs, comme Baudelaire, ou Apollinaire, qui publie en 1909 une anthologie de textes de Sade, saluant « l’esprit le plus libre qui ait jamais existé ».
Les surréalistes admirent Sade et contribuent à le réhabiliter, à commencer par André Breton, suivi notamment par Desnos, Eluard, et Man Ray, qui compose le célèbre portrait imaginaire du marquis. Toutefois, c’est à une lignée d’érudits passionnés  que l’on doit une connaissance précise de la vie de Sade et de ses manuscrits, : Paul Bourdin publie en 1929 sa correspondance avec ses proches, Maurice Heine, proche des surréalistes, réalise en 1931 une édition privée des 120 journées, Gilbert Lély poursuit son travail en élaborant la première grande biographie de référence, qui connaît plusieurs éditions de 1948 à 1982.

C’est à l’éditeur Jean-Jacques Pauvert que l’on doit le retour de Sade dans les libraires, au terme d’un combat homérique. Tout commence en 1947 avec son édition de l’Histoire de Juliette, qui lui vaudra d’être privé de ses droits civiques. C’est en 1958 qu’il gagne le procès en appel, défendu par Me Maurice Garçon et soutenu notamment par Georges Bataille, Jean Cocteau, Jean Paulhan. Editeur des œuvres complètes de Sade, Jean-Jacques Pauvert est également l’auteur d’une biographie en trois volumes intitulée Sade vivant (1986-1990).

Maurice Lever, auteur lui aussi d’une biographie, a édité en particulier les papiers de famille, et la correspondance de Sade avec sa belle sœur, et aujourd’hui Michel Delon, éditeur de Sade dans la Pléiade, prolonge cette recherche érudite.
Depuis les années 50, le flot des analyses et commentaires est allé crescendo. On y retrouve les signatures d’essayistes et romanciers parmi les plus renommés, tels que Maurice Blanchot, Roland Barthes, Chantal Thomas, Annie Le Brun, Octavio Paz, Philippe Sollers, Maurice Nadeau… La place de Sade dans le cinéma et le théâtre est également considérable, de Guy Debord à Peter Brook, sans oublier Pasolini, Benoit Jacquot, Yukio Mishima et bien d’autres.

Aujourd'hui, les interprétations philosophiques de Sade, notamment chez Michel Foucault, font l'objet d'un pénétrant travail d'analyse mis en œuvre par Eric Marty (voir www.levinas.fr)

 

(encadré )
Les femmes de Sade« Je jure à M. le Marquis de Sade, mon amant, de n’être jamais qu’à lui…. »  Cette phrase écrite par Anne-Prospère de Launay, chanoinesse et sœur de son épouse, d’autres femmes auraient pu la signer, ou en ont rédigé de semblables.
Car Sade, dont on ne parvient pas toujours à discerner exactement les sentiments personnels, a été sincèrement et durablement aimé par plusieurs femmes. Renée-Pélagie de Montreuil, qu’il épouse en 1763 et qui lui donnera deux enfants, l’a soutenu pendant de longues années, en dépit des infidélités et des scandales, même après qu’il fut devenu l’amant de sa sœur. Ce n’est qu’en 1790, à sa sortie de la Bastille, qu’elle demande la séparation définitive.

L’actrice Marie-Constance Quesnet sera sa compagne attentive durant toute la dernière partie de sa vie, de 1790 jusqu’à sa mort en 1814. Elle viendra même vivre avec lui à l’asile de Charenton, les dernières années, en se faisant passer pour sa fille adoptive.

 

(encadré )
Jean-Jacques Lebel« Chacun projette sur Sade ses propres hantises »

Organisateur en 1966 d’un célèbre happening intitulé 120 minutes dédiées au divin marquis, que le Centre Pompidou a récemment commémoré, Jean-Jacques Lebel, artiste plasticien et écrivain, est un des meilleurs connaisseurs de l’impact de Sade sur la création contemporaine

« Sade est évidemment un des plus grands écrivains de son siècle, et aussi un penseur des relations du désir et des structures sociales. Mais ce sont, à mes yeux, les réactions qu’il suscite qui sont les plus parlantes. Car il engendre, depuis deux siècles, des formes d’hystérie multiples et révélatrices.

On a vu, par exemple, certaines féministes américaines faire alliance avec l’extrême droite pour interdire la pornographie et attaquer Sade au nom de l’ordre moral. On a vu également Pasolini, dans son film Salo, aplatir Sade du côté du fascisme. Ces lectures simplistes confondent le symbolique et le réel, l’art et la politique, l’imaginaire et l’histoire.

Finalement, chacun projette sur Sade ses propres hantises. Son œuvre constitue un violent test de Rorschach, qui force chacun à se révéler. Et cela fait deux cents ans que ça dure ! C’est en cela que Sade est grand : il a touché un nerf essentiel, et les répercussions ne cessent pas. »

 


(encadré )
Bernard Edelman« Sade a triomphé des droits de l’homme ! »

Juriste et philosophe, l’avocat Bernard Edelman travaille actuellement à un essai où il montrera comment les mutations actuelles de la législation des droits de l’homme rejoignent en un sens les conceptions sadiennes.

« Aux yeux de Sade, les droits de l’homme, et le droit en général, ont pour finalité d’anéantir les passions, de paralyser le désir, de créer une apathie générale, bref de créer un homo juridicus abstrait, sans affects, obéissant aveuglément à la loi. S’il n’y avait ni loi ni religion, dira-t-il, on n’imagine pas le degré de gloire et de grandeur où seraient aujourd’hui les connaissances humaines. C’est pourquoi il faut se mettre en état d’insurrection permanente pour préserver ses passions, être sur le pied de guerre, aux aguets, dans l’immoralité absolue et le crime.

Le paradoxe contemporain, c’est qu’on assiste à présent à la naissance d’un nouvel homme des droits de l’homme qui témoigne d’une parenté certaine avec l’homme sadien. La transgression l’habite et, au nom de son désir, il veut s’affranchir de toute contrainte, du temps, de l’espace, de la morale, du corps. Pour ce nouvel homme, le droit a changé de fonction ; la loi n’est plus ce qui institue la liberté mais ce qui permet à l’individu de la transgresser, donc d’être libre. Ce sujet s’auto-institue et la loi devient l’instrument de son désir. Le changement central consiste dans le fait que la loi est désormais requise de se plier aux désirs de l’individu souverain, dont « les droits » consistent à voir reconnu leur légitime assouvissement.

La Cour européenne des droits de l’homme a même repris à son compte cet individu souverain. Au nom de son « autonomie personnelle », comme elle dit, elle lui permet de gouverner – comme dans les affaires bien connues de transsexualisme ou de sado-masochisme. Sade, aujourd’hui, a triomphé des droits de l’homme ! »


A lire
Les principales biographies
•    Gilbert Lely, Vie du marquis de Sade, Jean-Jacques Pauvert, 1952-1957
•    Jean-Jacques Pauvert, Sade vivant, 3 vol. Robert Laffont, 1986-1990
•    Maurice Lever, Donatien Alphonse François, marquis de Sade Fayard, 1991
•    M ichel Delon, Les Vies de Sade, t.I : « Sade en son temps » et « Sade après Sade » t.II : « Sade au travail », éditions Textuel, 2007

Parmi les études classiques

•    Pierre Klossowski, Sade mon prochain, Seuil, 1947
•    Maurice Blanchot, Lautréamont et Sade, Éditions de Minuit, 1963
•    Simone de Beauvoir, Faut-il brûler Sade?, Gallimard, 1972
•    Annie Le Brun, Soudain un bloc d'abîme, Sade,  J-J Pauvert, 1986
•    Octavio Paz, Un au-delà érotique : le marquis de Sade, Gallimard, 1994.

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